Kuupäivät

COMMENT J'ENSEIGNE L'ASHTANGA VINYASA YOGA

Dans une pratique yogique des asanas, on peut travailler sur plusieurs niveaux en même temps. Je vois pourtant, qu'il est d'une importance primordiale de commencer le travail dans le bon endroit. Quel est que le bon endroit? C'est le Mula Bandha.

LE MULA BANDHA

Le Mula Bandha n'existe pas tout seul, mais en relation avec la respiration, même si au niveau purement mécanique il ne s'agit que de contracter l'anus. Plutôt qu'une tension, cette contraction est une fermeture consciente énergétique autour de l'anus. À long terme, il faut revivifier le Mula Bandha en se connectant consciemment à celui-ci. Au début, on se connecte au Mula Bandha en le faisant physiquement et au fur et à mesure qu'on parvient à persévérer dans la concentration, on y connecte surtout par le moyen de la respiration. Dans la pratique du yoga, l'on tient compte que la respiration n'est pas seulement un phénomène physiologique - elle est entièrement liée à l'énergie vitale de l'être humain. Le Mula Bandha est le contrôle cette énergie et au meilleur des cas, il contribue à une expansion de celle-ci tout en en changeant progressivement la qualité vibratoire. Pour ce changement définitif, le Mula Bandha a besoin de notre aide.

LE PRANA

Le Prana veut dire l'amalgame de l'énergie vitale et spirituelle d'un être humain. Le Prana représente tout le potentiel d'un individu. Lorsqu'on n'a que peu d'énergie vitale, on est facilement soit déprimé, soit angoissé, parce que la vie ne s'exprime pas pleinement à travers nous. De toute façon, l'énergie se diffuse différemment dans les différentes parties du corps et selon ce qu'on ressent par rapport à nous-mêmes ou bien par rapport à notre entourage. Les émotions sont en fait de ce point de vue des mouvements et non-mouvements du Prana. Les points spécifiques où l'énergie se concentre, sont appelés les Chakras. Le Prana représente également la vérité par rapport à notre conception toujours limitée du monde. Le Prana est notre être pur, qu'on arrive pas toutefois toujours à atteindre à cause des limitations mentales ou bien les expériences du passé qui nous influencent par les blocages dans le corps. Bref, on s'estime souvent inférieur à ce qu'on est véritablement parce qu'on nous ne connaissons pas nos capacités sur le plan énergétique. En redécouvrant cette connection qu'on a tous eu dans l'enfance - la connection avec la source - on découvre des possibilités et de la créativité à l'infini.

INSPIRATION

Lorsqu'on inspire, on peut éprouver une libération à la fois physique, énergétique et émotionelle dans tout le corps et dans l'aura (le corps subtil). Le travail à faire, c'est de rester vigilant à ce que l'énergie circule librement à partir du Mula Bandha (Muladhara Chakra) jusqu'au sommet du crâne (Sahasrara Chakra). Si la respiration s'arrête dans le corps, si on a un sentiment de blocage dans la respiration, il s'agit, en général, du blocage dans l'énergie vitale qui peut être dû à plusieurs facteurs tout à fait divergeants, comme le stress, l'angoisse, la peur, la déprime, le mensonge ou bien une mauvaise habitude de ne pas être présent dans sa propre respiration. C'est par le corps que l'on vit les émotions. Dans la vie, il nous arrive des défis qui sont parfois trop durs et à ces moments-là, il est plus facile d'échapper à ses propres émotions que de les assumer. Ainsi le corps se transforme-t-il à un réceptacle qui accumule tout ce qu'on a stocké dans le subconscient. Le corps reflète notre réalité, c'est-à-dire aussi tout ce dont nous ne sommes pas conscients.

EXPIRATION

Il est très important d'être conscient des deux "extrêmités" énergétiques au moment où commence l'expiration. On est arrivé à un élargissement maximal, mais surtout pas forcé ou tendu, et on se concentre aussi bien à cette bord extérieur énergétique, qu'au Mula Bandha, la destination. Pour avoir une respiration optimale, il faut avoir une énergie optimale. Pour avoir une énergie optimale, il faut savoir comment contrôler et contracter les tissus du corps pendant l'expiration. Pour commencer l'expiration, on contracte "le terminus", c'est-à-dire le Mula Bandha, et on ramène ce ballon d'énergie vers un petit point qui va se contracter peu à peu. De ce petit point de concentration va naître l'inspiration suivante.

RESPIRATION

Plus on prend conscience de ce qui se passe dans le corps, dans les émotions pendant l'inspiration, plus on arrive à rectifier ses mauvaises habitudes sans forcer. On donne consciemment plus d'espace pour l'énergie de l'inspiration à faire son passage à travers le corps. Et finalement, on arrive à sentir cette énergie partout dans le corps au niveau cellulaire et même en dehors du corps. Là, on commence à entrer le domaine de la mystique, même si ce genre de connections et sensibilité sont à la portée de tout un chacun à tous moments.

L'inspiration et l'expiration sont bien naturellement deux phénomènes complémentaires et elles se suivent sans être interrompues au niveau énergétique. Il faut surtout pas chercher à adopter cet idéal au niveau physiologique ou physique étant donné que ce genre de sensation d'être en train de "faire" quelque chose sans aucune pause, crée un stress. Le contact est donc purement énergétique quand on arrive à la fin d'une respiration et change et devient plus physique entre ces polarités. L'inspiration et l'expiration représentent également deux polarités de la vie. A chaque respiration, on devrait vraiment être présent. C'est comme ça qu'on développe la concentration (Dharana) et la méditation (Dhyana). La méditation n'est pas forcément une pratique à part. Elle est là dès maintenant dans la pratique des asanas.

CONCENTRATION -> MÉDITATION

Parfois, le concept de concentration est conçu comme étant une limitation de vision. On essaie d'expulser les pensées et on devient tendu en s'efforçant d'empêcher les pensées de circuler. La concentration yogique est une focalisation d'attention naturelle à laquelle on atteint petit à petit à force de reconduire son attention toujours au bon endroit. Clarifions de quoi il s'agit. Quand on commence sa pratique, il vaut mieux s'assurer qu'il n'y a pas des choses auxquelles ils faudrait penser pendant la pratique. Dans un sens, on essaye de faire le vide. Au mieux, on fait face à ce qui nous gêne, on prends une décision pour l'action ou la non-action, et après on se détache autant qu'on peut.

Il vaut mieux pas se mettre dans un "état" yogique hypocrite, c'est-à-dire, ne pas avoir un visage sérieux, méditatif et tout le reste. Il faut pas se fermer. Il faut être le plus naturel possible. Ouvert. Détendu. On crée un espace aussi libre que possible avant de commencer la pratique. Dans un espace pareil, l'énergie vitale commence déjà à circuler plus librement, à enlever le stress, à détendre la tension musculaire. Alors, ne pas attaquer la pratique sans être bien connecté à cet espace intérieur calme et méditatif naturel.

ETHIQUE

Depuis des millénaires, les yogis connaissent les obstacles sur la voie de l'épanouissement et du bonheur. Ces obstacles sont décortiqués par exemple dans le Yoga Sutra de Patanjali. Ashtanga veut dire "huit branches" qui sont les moyens de travailler aussi bien son corps que son esprit. Les deux premieres branches, Yama et Niyama, nous décelent en 10 principes tout ce qui est recommandé et non-recommandé dans la vie humaine. Ces principes ne sont pas tellement matériels ou intellectuels. Ils sont des états d'âme subtils atteint par une contemplation et une action et ils vont agir sur notre systême énergétique, soit positivement, soit négativement. Je prends un seul exemple. Quand on ne dit pas la vérité - quel qu'en soit la raison: vouloir plaire, ne pas vouloir faire face à une situation, ne pas avoir le courage - on manipule la réalité et notre Prana reçoit cette information. Notre corps, tout le systême nerveux et notre subconscient absorbent cette contradiction entre la réalité et notre monde à nous. Sans aucune moralité, on comprends pourquoi il vaut mieux pas mentir si on veux pas souffrir d'une énergie de qualité médiocre ou faible.

SPIRITUALITÉ

En yoga, on est à la recherche de quelque chose que nous ne connaissons pas, mais qui réside en nous. Dans cette recherche, on va au-delà de la pensée, des idées, des émotions et des sens - quoi que toutes ces autres couches de notre être nous intéressent aussi à un moment donné. Cette découverte n'est pas, par conséquant, intellectuelle. Elle est spirituelle. La spiritualité ne pourra jamais être concevable à l'intellect. On peut la distinguer aussi sur d'autres niveaux de notre être sans vraiment pouvoir la capter. Elle se manifeste dans le mental sans l'être, elle se manifeste dans corps sans être le corps. Elle se manifeste dans les actes sans être les actes. Il ne s'agit pas de quelque chose de mystérieux en soi, mais en même temps, le mystère de la vie humaine, c'est là qu'on le touche!

Comment entrer en contact avec cette couche invisible, intouchable, inconnu? Le premier pas, c'est, - à moins d'avoir cette connection comme qualité innée - , de la reconnaître et de s'ouvrir à l'inconnu. De là, on peut arriver à une nouvelle expérience qui nous parle. Cette expérience peut résulter d'une libération inattendue dans la respiration ou l'énergie, ou bien d'une relaxation d'une profondeur inouïe, bref, par la pratique consciente et régulière du yoga. Le secret gît dans la respiration. Elle peut s'appeler aussi 'grâce', car ceux qui ont eu un cadeau pareil, veulent l'appeler d'un nom digne de cette expérience: cadeau du ciel. Il nous est donné comme une deuxième vie à côté de la vie quotidienne et cette deuxième vie, cette couche, va donner un souffle à la vie courante. On se sent bien, mieux, tout commence à avoir du sens sans qu'il y ait rien d'autre de changé. La connection spirituelle avec la source spirituelle de la vie se fortifie. Elle restera toujours invisible, mais plus on y est connecté, plus on a la foi naturelle et plus on est épanoui.

NATUREL

Si dans la pratique, on s'efforce à faire quelque chose, à atteindre un but qu'on s'est fixé, on n'est pas à la découverte de sa vie intérieure. Il est possible d'avoir cette intuition, cette compréhension à l'égard du travail à faire dès le début de sa route (spirituelle), mais il est autant possible que les premières années de pratique, le pratiquant passe à chercher la façon de "faire" et de "ne pas faire" la pratique. On découvre d'abord le bout du fil et ensuite le chemin va s'ouvrir à nous à son propre rythme. Ceci est valide aussi bien pour le physique que pour le psychique. Forcer quoi que ce soit, ne sert à rien. Pour certains, ça a toujours été la solution dans la vie: forcer, se forcer, contrôler de plus en plus. La pratique peut demander une nouvelle façon d'éxécuter les choses: l'écoute, la sensibilité et l'acceptance - enrobée de patience.

En ce qui concerne la respiration, c'est le domaine le plus subtil à découvrir. Elle représente la vie dans son état le plus pur. Elle écoule ou elle pourrait écouler de la façon la plus naturelle possible, mais c'est très rare que ça existe chez l'homme moderne. La respiration reçoit tout le stress que l'on vit et tous les changements émotionnels - ne serait-ce que quelque chose qui nous passe mentalement complètement inaperçu. De mon point de vue, il vaut mieux d'abord retrouver sa respiration naturelle avant de commencer à la contrôler. Parce que si on commence à contrôler quelque chose qui n'est déjà pas sur la bonne voie, on va se perdre de plus en plus. Comment peut-on retrouver sa respiration naturelle? En saisissant déjà ce qui n'est pas naturel en elle, ce qui ne va pas, et ensuite en nous débarrassant de ce superflu peu à peu à l'aide d'une pratique bien consciente - la pratique étant une étude dans laquelle on porte son attention uniquement sur soi-même avec une curiosité et une sincérité sans limites.

La pratique peut être considérée comme une douche. C'est une purification quotidienne naturelle, une expulsion de la négativité, de tout ce qu'on accumule dans son corps et son corps subtil - par ses propres tournures d'esprit, par l'interaction avec les autres.

DISCIPLINE

Normalement, nous ne pratiquons pas le yoga juste pour un passe-temps. Nous la pratiquons pour améliorer la qualité de vie et pour découvrir ce que nous sommes derrière tous les rôles possibles de parent, d'enfant, de professionel. Qu'est-ce qui nous reste au moment où nous n'avons plus recours à quoi que ce soit: le statut, l'action, la pensée, les autres. Les qualités qu'une pratique peux donner pour la vie sont nombreuses. Pour les acquérir, il faut savoir travailler intelligemment.

Qu'est-ce que un travail intelligent dans le yoga? Personellement et en tant que pratiquante d'Ashtanga, je souligne l'importance de la discipline qui se manifeste par exemple dans le principe de silence (ne pas formuler des pensées et des mots ni entrer en interaction avec qui que ce soit). De ce silence naît la concentration nécessaire pour découvrir les choses nous échappant à un état d'esprit de tous les jours.

En ce qui concerne la pratique des asanas, on la fait sans accessoires et support matériel (props). Les supports, c'est fait pour nous aider. Aider en quoi? À mon avis, aider à échapper justement les problèmes. Aider à ne pas sentir. Les supports vont empêcher aussi le corps de trouver intérieurement les solutions. Le corps va trouver, mais il faut avoir de la patience! Ce n'est pas tout de suite! Je tiens beaucoup à ce que les élèves comprennent la magie et l'unicité de l'Ashtanga Yoga, c'est là le coeur de cette tradition: s'adapter à la pratique et non vice versa! Je vois partout des gens essayant d'adapter la pratique à leurs besoin et leur confort. Ça marche! Mais pas comme Guruji enseignait cette pratique: la pratique va nous transformer seulement si on la transforme pas! J'ai pu voir ça de mes propres yeux, les deux extrémités. Ceux qui travaillent assidûment sans changer la pratique, ils sont transformés. Et ceux qui jour après jour change la pratique selon leur propre goût, ils ne seront pas transformés. Ils auront des "résultats" immédiats comme ils veulent et les autres, les assidûs, des résultats plutôt naturels positifs, permanants que la vie leur donne.